Termes, atlantes et caryatides, corps et décors de l'architecture, XVIe-XVIIIe siècle

Résumé : À travers leurs multiples facettes et métamor-phoses, les atlantes, termes et caryatides énoncent ainsi divers préceptes physiques et moraux. Mais par leur exemplarité, ces figures invitent aussi à s'interro-ger sur le statut de l'ornement dans l'histoire de l'archi-tecture française. Sa valeur-quel que soit son type-y est trop souvent méconnue ou dénigrée au profit de la prééminence des ordres, souvent considérés comme seuls éléments de décor orthodoxes dans une prédomi-nance du goût pour les formes dites épurées. Les débats sur la supériorité des arts, qui pourtant n'ont plus lieu d'être, ont provoqué une regrettable séparation entre structure et sculpture, de même qu'entre support et décor, et désormais, alors que triomphe la pensée théo-rique parfois découplée de toute application pratique, la distribution fait souvent plus débat que le décorum. Conjointement, les mythes de la perfection grecque et du paradigme impérial ne faiblissent pas et la notion de classicisme architectural demeure associée à l'idée d'un art royal majestueux, solennel et directif, qui après les années 1630 aurait été débarrassé de trop de surcharge et préférerait le régulier au poétique, l'ordonné à l'exu-bérant. Cette vision partielle et singulièrement élitiste de l'architecture à la française, qui a tendance à devenir une doxa en dépit de ses propres extravagances, trouve ses racines chez certains auteurs du xvii e siècle, pour lesquels le bon goût ne pouvait être perçu que par des personnes intelligentes et chez ceux du xviii e siècle qui considéraient que seul un très petit nombre de Connoisseurs pouvait sentir et apprécier la simplicité, alors que le vulgaire s'attachait à la prodigalité de la sculp-ture¹. Ce positionnement culturel et social a même été repris sous un angle moral et il est aisé de suivre, dans les publications spécialisées actuelles, le glissement sémantique qui a péjorativement fait passer les licences ornementales, créatives car dérogeant à la règle, à l'état d'ornements licencieux, débauchés voire malsains, pour le xvi e comme pour le xvii e siècle. Certes, le style orné a connu des phases plus ou moins accentuées jusqu'au si dérangeant rocaille, mais cela ne peut induire de juge-ments de valeur et il n'est que de regarder vraiment nombre d'édifices de ces siècles-là pour y lire combien Du simple ajout à des embellissements pensés et cohé-rents, les appréciations sont souvent contradictoires pour définir ou analyser l'ornement, notamment lors-que celui-ci est sculpté au sein d'une architecture. La métaphore littéraire a parfois permis de donner un cadre savant à ce domaine de la création si difficile à interpréter et, depuis Alberti, il est d'usage d'évoquer à ce sujet de belles comparaisons fondées sur l'elocutio cicéronienne. Toutefois, si l'on considère que les élé-ments de sculpture intégrés aux monuments com-posent différentes figures de rhétoriques et constituent un langage, il faut en inférer que celui-ci est porteur d'un discours. Un discours qui ne se résout pas à des effets de style mais s'appuie sur l'éloquence formelle pour s'adresser aux hommes et leur parler d'eux-mêmes, ce que certaines oeuvres énoncent plus précisément. Au sein du thésaurus de l'ornement, les supports anthropomorphes et leurs multiples dérivés occupent une place très particulière, rarement prise en compte. Du xvi e au xviii e siècle, ils ont connu une multiplicité de formes et d'emplois qu'il convient d'observer sous l'angle des rapports entre structure et sculpture mais dont il faut également mesurer la portée symbolique. Par l'inscription du corps dans la pierre, de métamor-phoses en hybridations, ces figures nées de mythes fondateurs firent l'objet de nombreuses adaptations et destinations depuis l'Antiquité. Très appréciées, conti-nuellement employées, elles furent discutées au sein de la théorie des ordres, d'attirances en réticences, en raison de leur caractère singulier. Elles devinrent en effet l'argument d'un discours essentiel, fondé sur la précellence de l'être dans le règne de Nature mais aussi sur son assujettissement au monde et sur l'aspiration à de nécessaires dérivatifs face à l'inéluctable. Comme tout ornement, mais de manière plus explicite encore, ces superbes corps sculptés ont consigné dans le décor les délices et vanités terrestres, de manière contrainte ou fantastique. Ils rappellent qu'une architecture est un tout, aussi bien formel qu'intellectuel, et qu'ici-bas, entre splendeur et damnation, même un roi sans diver-tissement est un homme plein de misères, soumis au poids du temps qui l'étreint et qui l'éreinte.
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Conference papers
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Contributor : Pascal Julien <>
Submitted on : Thursday, April 10, 2014 - 9:02:41 PM
Last modification on : Saturday, June 29, 2019 - 1:50:34 PM

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Pascal Julien. Termes, atlantes et caryatides, corps et décors de l'architecture, XVIe-XVIIIe siècle. Questions d'ornements XVe-XVIIIe siècles. 1. Architecture, Dec 2009, Namur, Belgique. pp.Non renseigné. ⟨hal-00977293⟩

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