Keynes et les synthèses néoclassico-keynésiennes : les raisons d’un divorce analytique

Résumé : Keynes et les synthèses néoclassico-keynésiennes : les raisons d'un divorce analytique A l'aune du développement de modèles macroéconomiques issus d'une nouvelle synthèse entre néoclassiques et keynésiens, il semble intéressant de réactiver une réflexion qui fut particulièrement vive dès les premières tentatives de « colonisation » de Keynes par les néoclassiques : qu'est-ce qui peut expliquer que des économistes se qualifiant de néokeynésiens puissent fournir une grille d'analyse si éloignée des enseignements initiaux de la Théorie générale [1]? A cette question, deux types de réponses sont traditionnellement avancés. La première réponse que l'on peut trouver est celle de Hicks, Lange, Lecaillon ou encore Dallemagne : si l'on considère que « Keynes adopte la théorie de la valeur utilité » et que la Théorie générale ne traite que d'un cas spécial d'une théorie plus générale qui est celle de l'école néoclassique, une synthèse entre Keynes et les néoclassiques est facilement intelligible. Dès lors que Keynes s'appuie sur la théorie de la valeur utilité-rareté, il est logique que ses successeurs aient pu poursuivre ses travaux sur la base de l'appareil conceptuel des néoclassiques. La seconde réponse est apportée par Barrère et Robinson : d'après cette dernière, « Keynes n'a jamais trouvé une heure pour réfléchir au problème de la valeur ». Or, Barrère soutient, dans la continuité de Schumpeter, qu'aucune théorie économique ne peut être générale sans théorie de la valeur. Ce serait donc l'absence de théorie de la valeur au sein de la Théorie générale qui expliquerait sa « colonisation » par la théorie néoclassique. Les réponses apportées à notre interrogation se cristallisent autour de la théorie de la valeur. Dans le sillage de ces réponses, certains économistes ont cherché les traces d'une théorie de la valeur travail implicite au sein de la Théorie générale dans le but d'immuniser Keynes du développement de travaux qui n'auraient de keynésiens que le nom. Cependant, le développement des travaux en macroéconomie montre aujourd'hui que ces tentatives d'intégration de la valeur travail à la théorie keynésienne n'ont pas eu de retentissement particulier. En effet, les modèles post-keynésiens actuels (modèles stock-flux cohérents par exemple) ne s'appuient sur aucune théorie de la valeur particulière. Par ailleurs, la phagocytose de Keynes par les néoclassiques s'est poursuivie avec le modèle WS-PS puis aujourd'hui avec ceux de la « nouvelle synthèse ». Si ces tentatives de rapprochement post-classique ou marxo-keynésien ont globalement échoué, c'est sans doute parce que le coeur du problème n'est pas la théorie de la valeur. On rappellera dans un premier temps que toute théorie de la valeur est incompatible avec le projet keynésien d'établir une théorie de l'économie monétaire. Par ailleurs, si l'on remonte au Traité de la Monnaie, il est aisé de voir que Keynes postule la monnaie, et qu'il n'a nul besoin d'une théorie voisine pour compléter son analyse théorique. Dans la Théorie générale, le refus du second postulat classique et le principe de demande effective établissent un lien relativement évident avec les principes posés dans le Traité de la monnaie. D'après nous, c'est précisément un double défaut d'interprétation du chapitre 2 de la Théorie générale (dans lequel Keynes pose le refus du second postulat) qui serait à l'origine de la phagocytose de Keynes par l'école néoclassique. Les développements récents de la macroéconomie restent fidèle à l'erreur d'interprétation du chapitre 2 de la Théorie générale soulevée plus haut.
Type de document :
Article dans une revue
IDEES - revue de sciences économiques et sociales, 2013
Liste complète des métadonnées

Littérature citée [14 références]  Voir  Masquer  Télécharger

https://hal-univ-tlse2.archives-ouvertes.fr/hal-01399164
Contributeur : Nicolas Piluso <>
Soumis le : vendredi 18 novembre 2016 - 18:46:10
Dernière modification le : jeudi 22 février 2018 - 12:44:01
Document(s) archivé(s) le : lundi 27 mars 2017 - 08:52:15

Fichiers

Les synthèses keynésiennes-V...
Fichiers produits par l'(les) auteur(s)

Identifiants

  • HAL Id : hal-01399164, version 1

Citation

Nicolas Piluso. Keynes et les synthèses néoclassico-keynésiennes : les raisons d’un divorce analytique. IDEES - revue de sciences économiques et sociales, 2013. 〈hal-01399164〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

251

Téléchargements de fichiers

141