Images de migrations : photographie et archives iconographiques

Résumé : Ce recueil autour des images de migrations a été voulu et pensé d’emblée comme un carrefour entre historiens et photographes. Il est d’ailleurs né d’une rencontre entre une historienne de l’immigration prospectant les archives photographiques, et un photographe travaillant dans une optique sociale et documentaire sur les anciens combattants coloniaux de l’armée française. C’est en échangeant à propos de nos travaux respectifs, de nos interrogations mutuelles sur le sens du document, de l’archive, de l’illustration ou du témoignage, en particulier bien sûr le témoignage visuel, que nous avons convenu qu’il valait la peine de croiser plus avant ces regards et d’approfondir le questionnement quant aux approches qui en découlent. Ce dossier publié par la revue MIGRANCE rassemble les actes de la journée d’étude éponyme organisée le 10 mai 2006 par le laboratoire FRAMESPA à l’Université de Toulouse-Le Mirail. Un premier champ touche bien sûr à la problématique de la source image dans le cadre de l’histoire de l’immigration ou, plus largement, du fait migratoire dans ses multiples dimensions et prolongements. De la matérialité du support iconique jusqu’à sa charge sémiologique et aux représentations qu’il véhicule, on est conduit encore une fois à se demander ce que recouvre ce terme d’image. D’où la nécessité de contextualiser les photographies de migrants ou relatives aux migrations pour retrouver le sens qu’elles avaient quand elles ont été réalisées. Il faut également s’interroger sur les conditions mêmes de leur production, réfléchir donc au moment de l’acte photographique et aux interactions dont il est issu. C’est là, peut-être, que les historiens qui sondent aujourd’hui l’archive iconographique ont le plus à apprendre de la réflexion des photographes sur leur propre pratique professionnelle et sur la méthodologie, en situation, pouvant les conduire à produire tel ou tel cliché. Le corpus d’environ 3000 images prospecté pour réaliser le film documentaire mis en ligne par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration permet d’esquisser, dans la durée, l’évolution des codes visuels touchant à l’immigration (Marianne Amar). Alors que les flux migratoires se sont diversifiés au fil du temps, les images ont suivi le même mouvement, des origines du medium au XIXe siècle à nos jours, approchant le phénomène sous de multiples aspects, avec une plus grande attention au vécu, au quotidien et à l’individuation des parcours. C’est le cas notamment avec l’émergence des travaux de photographes humanistes cherchant à traduire l’identité des communautés et à illustrer leurs conditions de vie ou de travail. La question de la visibilité des étrangers se pose de façon spécifique pour la période de la Seconde Guerre mondiale (Guillaume Agullo). Largement présents, comme on sait, dans la Résistance et les combats de la Libération, les étrangers sont bien souvent absents des images qui nous sont parvenues ou occultés parfois par des relectures postérieures, des erreurs d’identification ou de légendage, etc. L’usage des images comme simples illustrations, sans plus les traiter en tant qu’archives, peut conduire au même résultat. Un aspect essentiel concerne la disponibilité des sources et l’accès aux documents iconographiques archivés. Les prospections conduites dans le cadre de l’association Génériques (Patrick Veglia) permettent de dresser un panorama synthétique des principaux dépôts nationaux d’archives iconographiques, publics et privés, sur le sujet. Pour plus de lisibilité, cette approche par fonds est doublée d’une typologie des images produites : le portrait et la photographie de groupe, la photographie anthropologique ou ethnographique, les scènes de rues et petits métiers, la photographie d’identité et l’identification judiciaire, le photojournalisme et le reportage, la photographie d’art, la photographie officielle et de protocole, la photographie engagée et militante… Un éclairage plus circonscrit en Midi-Pyrénées (Laure Teulières) montre le caractère lacunaire de ce qui peut être mobilisé à l’échelle d’un territoire régional, des images parfois répétitives d’un fond à l’autre, fréquemment mal référencées dès lors que l’on sort du cadre des institutions publiques spécialisées, riche cependant de documents originaux susceptibles d’enrichir la connaissance de l’histoire de l’immigration. Un autre enjeu concerne la diffusion, la publicité faite aux images. Il nous a paru utile de demander à un juriste (Fabrice Reneaud) de fournir en préalable quelques repères quant aux droits portant sur l’image, tant ceux des auteurs que des sujets de celle-ci. Il s’agit aussi de montrer l’iconographie au public, d’en faire usage dans le cadre d’expositions ou de manifestations de divers types. La Directrice du musée de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (Hélène Lafont-Couturier) revient sur l’enjeu que représente l’image dans le projet de l’établissement, préfigurant le musée et l’installation permanente ouverte aux visiteurs. Une des gageures de ce projet est bien la constitution progressive, ex nihilo, de collections relatives à l’histoire et à la mémoire des cultures de l’immigration ainsi qu’aux témoignages, notamment visuels, qui s’y rapportent. Le pari du dispositif de ce dossier était de mettre les contributions et les réflexions autour des images de migrations en vis-à-vis d’oeuvres photographiques qui travaillent, à leur façon, exactement les mêmes questions. Très illustré pour l’occasion, ce numéro de Migrance permet de découvrir quatre photographes contemporains explorant des sujets touchant aux migrations. Afin de rendre compte de la diversité des travaux ainsi réalisés, nous les avons volontairement choisis tous différents les uns des autres, tant dans leurs terrains, leurs méthodes que leurs esthétiques. « Ces chinois qui bâtissent l’Algérie » (Edouard Caupeil) présente un reportage de terrain sur une émigration, étatique souhaitée et planifiée ; un flux non pas Sud/Nord mais Asie/Afrique, révélateur des recompositions rapides qui sont à l'oeuvre dans le contexte de la mondialisation. « Ils sont venus d’ailleurs : figures d’immigrés en Limousin » (Gilles Perrin) offre l’exemple du portrait photographique vécu comme lien social et expression de parcours de vie multiples. Photographe du patrimoine humain, pris à la hauteur de chaque individualité, il interroge aussi le territoire régional qui réunit cette collection de personnes aux origines si différentes. « Marcinelle : 1956-2006 » (Marina Cavazza) est une série conçue comme une exploration de l’émigration italienne en Belgique au travers du prisme de la tragédie minière de Marcinelle en 1956 et de la mémoire qui en a été conservée dans les familles, tant en Wallonie que dans les régions de départ de la Péninsule où certains ouvriers mineurs sont retournés vivre à leur retraite. « Anciens combattants africains, des visages et des mots pour mémoire » (Philippe Guionie) donne à voir et à entendre une mémoire franco-africaine méconnue et longtemps oubliée : celle des soldats coloniaux ayant combattus pour la France. Dans un minutieux souci documentaire, les photographies des protagonistes sont accompagnées de légendes très précises et du recueil sonore de leurs témoignages. Ces quatre regards contemporains suggèrent l’universalité du phénomène migratoire tout en témoignant de la multiplicité d'approches possibles pour le saisir et le documenter. A travers leur vision concrète, ces travaux de professionnels invitent à une réflexion plus générale sur les représentations visuelles des thèmes de l’immigration et des migrations. On reste là bien sûr du côté des images que les photographes font et se font des immigrés, transcrivant leur propre imaginaire de l’immigration. La question reste entière du rapport des populations concernées à l’image, dans ses multiples usages, et à leur propre image. Le gisement des archives privées demanderait en la matière à être exploré en portant attention aux documents iconographiques attestant des parcours individuels et/ou familiaux et à tout ce qui touche à l’autoportrait des migrants. Ce pourrait être, bien sûr, le sujet d’un autre numéro.
Type de document :
Direction d'ouvrage, Proceedings, Dossier
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-tlse2.archives-ouvertes.fr/hal-01567373
Contributeur : Laure Teulières <>
Soumis le : dimanche 23 juillet 2017 - 09:41:28
Dernière modification le : mercredi 23 mai 2018 - 17:58:03

Identifiants

  • HAL Id : hal-01567373, version 1

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Citation

Laure Teulières, Philippe Guionie. Images de migrations : photographie et archives iconographiques. France. Migrance, 2008, 〈http://www.generiques.org/migrance/〉. 〈hal-01567373〉

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