Entre nature et culture, les représentations contrastées du "jardin" cubain (1838-1860)

Résumé : Entre nature et culture, les représentations contrastées du "jardin" cubain (1838-1860) Dans cette rencontre sur « Les fruits de la terre », c'est au pied de la lettre que nous étudierons l'antinomie « nature-culture », sans négliger le clivage entre tradition et modernité, entre civilisation et barbarie, puisque ce débat agite alors les élites cubaines et plus largement hispano-américaines. L'iconographie, la poésie et la littérature-publiées par la presse périodique sans grand souci de distinction ni de hiérarchie-révèlent comment la végétation originelle disparaît irrémédiablement au profit du paysage cultivé, profondément modelé par l'économie de plantation et tout particulièrement l'agriculture sucrière intensive. Il existe toutefois une grande différence entre l'île réelle saluée par les positivistes et l'île imaginée dont le paysage opulent-en voie de disparition et sublimé-se voit investi de valeurs passéistes, mais également subversives. C'est cet écart apparemment paradoxal qu'il convient d'interroger. Depuis l'Espejo de Paciencia de Silvestre de Balboa, l'identité cubaine a toujours été symbolisée par une nature prodigue, à la végétation inépuisable. Tout lie Cuba à la flore tropicale, qu'il s'agisse de se nourrir grâce au bananier qui ne meurt jamais, de flatter la vue et l'odorat-avec le café, ses fleurs et ses baies-, de s'abriter grâce au bohío au « techo de guano », voire d'exalter la terre natale par les références identitaires que sont le palmier et la ceiba (le fromager). Lors de son premier voyage, Christophe Colomb transmet à l'Occident son émerveillement pour une insularité associée à l'imaginaire édénique chrétien de l'hortus conclusus. Ces invariants paysagers se heurtent toutefois aux profonds changements du milieu du XIX e siècle : déclin du café dans les années 1830 et suprématie du sucre comme moteur du dispositif colonial capitaliste ; évolution démographique et « blanchiment » des populations ; nouvelles technologies et ouverture de la ligne de chemin de fer La Havane-Bejucal-Güines en 1837, la première d'Amérique latine. L'impact de ces bouleversements sur la « découverte » du territoire est aussi bien mesurable dans les travaux naturalistes et cartographiques que dans les nouveaux modes de représentation, telle la lithographie. À la fois oeuvre documentaire et artistique, l'imagerie moderne va en toute logique s'intéresser à la végétation, mais aussi aux transformations qu'elle subit dans le paysage. À l'aune du positivisme et du romantisme, elle révèle qu'il y a désormais deux Cuba, l'une s'effaçant devant l'autre, avant que les grands bouleversements des luttes indépendantistes ne changent à nouveau la donne. De ce point de vue, l'image adopte les codes et les modes de diffusion de la presse-avec le système des souscriptions et des livraisons. Comme elle, elle reflète les tensions entre civilisation et barbarie, entre l'invariant naturel et le progrès.
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Contributor : Sylvie Megevand <>
Submitted on : Sunday, March 10, 2019 - 11:36:37 AM
Last modification on : Wednesday, March 20, 2019 - 1:22:17 AM
Long-term archiving on : Tuesday, June 11, 2019 - 2:24:54 PM

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Sylvie Megevand. Entre nature et culture, les représentations contrastées du "jardin" cubain (1838-1860). Fruits de la terre. Du produit exotique au symbole patriotique. Cuba XVIIIe-XXIe s., 2011, Chambéry, France. ⟨hal-02062917⟩

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